Des signes avant-coureurs indiquent qu’avec des crimes qu’il commet à son tour, le prochain candidat au mandat international de la Cpi aura pour nom Sultani Makenga ou Vianney Kazarana. Tous ces cinq chefs rebelles ont pour particularité d’être des Tutsi de nationalité congolaise. Que cache alors ce « stratagème » visant, manifestement, à priver la communauté tutsi congolaise de son leadership ? 

Daté du 6 juin 2012, le dernier communiqué de presse du Bureau du Porte-parole du Département d’Etat américain n’a rien de rassurant pour Bosco Ntanganda, encore moins pour le M.23. En voici, du reste, le contenu intégral : « Le gouvernement des Etats-Unis est préoccupé par la mutinerie actuelle d’officiers et de soldats antérieurement intégrés dans les forces armées de la République démocratique du Congo (RDC) qui opèrent actuellement au Nord Kivu, au sein d’un groupe armé dénommé M.23. 

Les Etats-Unis sont aussi préoccupés par des rapports récents faisant état d’un soutien externe en faveur du M23. « Nous soutenons les efforts du gouvernement congolais visant à décourager des désertions supplémentaires et à traduire en justice les auteurs présumés de violations de droits de l’homme parmi les mutins, y compris Bosco Ntaganda. Ces efforts sont une étape essentielle vers le développement d’une armée congolaise disciplinée et unie et l’instauration d’une paix durable en RDC. 

« Les Etats-Unis réitèrent aussi leur appui à l’approche intégrée de la communauté internationale concernant le désarmement et la démobilisation des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé violent responsable d’atrocités perpétrées contre des civils dans les provinces de l’est du Congo et dont les leaders ont participé au génocide rwandais en 1994 ». 

« Nous soutenons les efforts en cours visant à tenir les leaders des FDLR pour responsables de leurs atrocités, et nous exhortons les combattants FDLR et les personnes à leur charge de se présenter auprès des autorités congolaises ou onusiennes en vue de leur désarmement et de leur rapatriement. 

« Nous encourageons la RDC, ses voisins et ses partenaires à travailler de concert pour empêcher le M23, les FDLR et tous les autres groupes armés de recevoir un soutien externe violant l’embargo sur les armes décrété par le Conseil de Sécurité des Nations Unies contre les entités non-gouvernementales et les individus opérant en RDC. 

« Les Etats-Unis soutiennent aussi fermement la MONUSCO –  la mission de maintien de la paix en RDC –  principalement son aide active au gouvernement congolais pour protéger les populations civiles déplacées ou menacées par les affrontements entre les forces gouvernementales et les groupes armés ». 

Des Rwandophones vivant en territoire congolais 

Disséminée principalement au Nord Kivu et au Sud Kivu, jamais recensée pour en connaître réellement les effectifs, la communauté tutsi a un sérieux problème avec Kigali, capitale de ce qui passe à ses yeux pour la « mère patrie », entendez le Rwanda. En effet, au motif de se protéger des velléités « génocidaires » dont ils seraient l’objet de la part des autres communautés kivutiennes, les compatriotes tutsis sont comme préparés à développer un instinct de conservation belligène. Il est vrai que le drame rwandais d’avril 1994 y est pour beaucoup. 

Seulement voilà : à force de croire trouver la solution dans le militarisme, leur  leadership se singularise par l’option armée à tout problème, surtout depuis 1996. On l’a vu agir au sein de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (Afdl) en 1996, au sein du Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd) en 1998, au sein du Congrès national de défense du peuple (Cndp) en 2008, et maintenant au sein du Mouvement du 23 apparu fin avril 2012, presqu’au lendemain de la condamnation de Thomas Lubanga par la Cpi. 

A propos, du reste, de ce dernier, on se souviendra qu’au terme de la session de Pretoria, le Rcd avait fait capoter le 16 décembre 2002 la cérémonie de signature de l’Accord global et inclusif en raison de l’offensive de la coalition Fac avec l’Apc (ex-branche armée du Rcd-Kml) menée en Ituri contre l’Upc. A l’époque, l’Upc prétendait protéger la communauté hema (tutsi) des attaques de la communauté lendu. 

Comme relevé dans le chapeau : Thomas Lubanga, Bosco Ntandanga, Laurent Nkunda, Sultani Makenga et Vianney Kazarana sont des Tutsi congolais d’origine rwandaise. De ce fait, ils sont des Rwandophones vivant en territoire congolais. 

Diaspora tutsi congolaise ou la mal aimée... 

La question pertinente que tout esprit avisé ne peut que se poser consiste à savoir pourquoi les leaders de ces compatriotes, généralement soutenus par le régime rwandais actuel, connaissent-ils finalement le même sort avec le lancement d’un mandat d’arrêt. International pour les deux premiers cités, national pour le second, en attendant celui qui guette les dirigeants du M 23. Il peut être international ou national. 

Cette décapitation « programmée » du leadership tutsi congolais est à la fois insolite et suspecte. C’est comme un esprit malin a résolu de voir communauté tutsi congolais sans leader, donc entièrement dépendant de lui ! 

Déjà, en se jouant du régime congolais (peu importe la personne à la tête du pays), les leaders tutsi de la RDCongo courent le risque de plus rassurer personne, aujourd’hui ou demain. Ils ne l'ont pas fait avec Mobutu, pas non plus avec Laurent-Désiré Kabila, et tout porte à croire qu'ils défient Joseph Kabila. Ce qui pourrait signifier que le successeur du Raïs serait lui aussi dans l'Oeil du Cyclone. 

Contraints alors de se replier sur eux-mêmes, ils pourraient bien finir par se faire haïr de leur propre communauté de base, victime principale de l’esprit belliqueux de son élite...Quand, du reste, cette communauté constate que bon nombre de ses chefs, actifs dans la classe politique, les forces de défense et de l’ordre ou la société civile, finissent par prendre le chemin de l’exil après avoir réuni au travers des multiples guerres de quoi prospérer ailleurs, c’est qu’il y a comme une trahison programmée à son détriment. 

Cela ne peut que donner matière à réflexion à tous ceux qui cherchent à en savoir davantage sur les relations entre Tutsi de la « mère patrie » et Tutsi de la diaspora congolaise, dès lors que vraisemblablement, celle-ci passe pour la mal aimée de ses leaders d’ici et d’ailleurs…

 

Omer Nsongo die Lema